Les poissons Rouges
Création en 2010 au Théâtre Océan Nord

D’après Ciel bleu ciel, Face au mur et Tout va mieux de l’anglais Martin Crimp et Prédiction de l’autrichien Peter Handke.

Connaissez-vous la blague du poisson rouge ?

Et bien les biologistes ont découvert que le poisson rouge a une mémoire d’environ deux secondes.

Or donc : Un poisson rouge tourne dans son bocal en faisant des bulles, quand soudain il tombe sur un caillou :

" Oh ? Qu’est-ce donc ? Un caillou ! Que faire ? Le contourner ! Hop ! "

Deux secondes plus tard, le poisson rouge a refait le tour du bocal et une série de bulles, et il retombe sur le même caillou :
" Oh ! Qu’est-ce donc ? Un caillou ! ... "

Connaissez-vous la tragédie humaine ?

Et bien les anthropologues ont découvert que l’homme a une mémoire collective d’environ cinquante ans.

Or donc : ...

Après Les amantes d’Elfriede Jelinek créé au Théâtre Océan Nord en décembre 2005, la Kirsh Compagnie poursuit son autopsie au vitriol de la condition humaine !
Les poissons rouges, un road trip absurde qui voit des personnages dans et autour d’une voiture tenter des variations sur le thème de « groupe », de son essence et de sa survie. Ce spectacle déjanté, nous demande d’endosser le rôle de joyeux anthropologue un peu voyeur. A la fois cynique drôle et effrayant, c’est notre espèce, notre groupe d’êtres qui est ausculté avec la science du théâtre comme outil. La mise en abîme de notre animalité et de nos cycles courts de mémoire collective est le fond de recherche spectaculaire de cet étonnant et vivifiant objet scénique.

Les poissons rouges n’est pas une adaptation à proprement parler mais plutôt la rencontre a priori improbable entre deux personnalités et deux langages : Ciel bleu ciel, Face au Mur et Tout va mieux de l’anglais Martin Crimp et Prédiction de l’autrichien Peter Handke. Tous deux maîtres dans l’art de questionner et critiquer le monde avec finesse, décalage, humour et cruauté, ils manipulent avec grâce les armes de la sensualité et de la beauté langagière.

 Equipe

Mise en scène : Virginie Strub, Assistanat mise en scène : Meryl Moens, Avec : Jessica Gazon, Mathilde Lefèvre, Viviane Thiébaud, Pedro Cabanas, Christophe Lambert, Achille Ridolfi et Cyril Briant, Costumes et scénographie : Anne Sollie, Assistanat Costumes et scénographie : Ledicia Garcia, Création Lumière et régie : Nicolas Sanchez, Construction décor et régie plateau : Christophe Wullus assisté de Patrick Léonard Son : Iannis Héaulme, Traducteurs : Elisabeth Abgel-Perez et Jean Sigrid, Crédit visuel : S.Lozet.

L’Arche est éditeur et agent théâtral des textes représentés

 Les poissons rouges , un petit voyage anthropologique entre amis.

Le point d’articulation de cette errance autour du on c’est la Mémoire et les mémoires ; celle que nous avons, profondément, celle que nous prétendons avoir et celle que nous réfutons, subjectivement, ainsi, surtout que celle que nous n’avons pas. Car la mémoire est une des bases et l’un des ferments essentiels et incontournables de toute construction individuelle et collective.

Obsédé par la modernité et convaincu de créer, l’homme n’est pourtant capable que de développer éternellement les mêmes pensées et de faire et refaire les mêmes choix. Il faut absolument être moderne ! disait ironiquement Rimbaud. Grâce lui soit rendue de cette lucidité !

 Le mot de la metteure en scène

Dans mon précédent spectacle, Les amantes d’après le roman d’Elfriede Jelinek (créé au Théâtre Océan Nord en décembre 2005), mon ambition était d’ « autopsier » notre société occidentale moderne en apposant un miroir grossissant aux « sociétés microscopiques » que sont les couples et la famille dans leurs structures, leur rapport au pouvoir et à la violence, leurs manipulations et leurs hypocrisies.

Avec Les poissons rouges, je désire continuer à approfondir cette introspection de notre humanité où l’horreur s’arroge la place d’honneur dans les cœurs et les esprits, habilement masquée et/ou justifiée par des certitudes morales, des convenances et la croyance de faire mieux que les autres. Je désire – avec encore et toujours la poésie et l’humour noir comme arme et baume - dépasser l’exemple défini du groupe sociétal réduit pour arriver à la notion de société en soi de sa (conne-)essence à sa quintessence. Je veux ouvrir le regard, avec amour et cruauté, sur les saletés de mon, de nos nombrils, sans pointer du doigt celles des autres, tout là-bas, mais en les faisant participer au miroir, du trivial à l’immense. Parce que ma « machette », même si elle n’est, ici et maintenant, « que » de la répartie cinglante, reste néanmoins profondément et irrémédiablement une machette que j’ai la chance, historique et géographique, de pouvoir encore sublimer en parole.